Chocolats Camille Bloch est une entreprise chocolatière familiale suisse fondée en 1929. Avec environ 180 collaborateurs, l’entreprise est spécialisée dans la fabrication de chocolats généreusement fourrés, en transformant elle-même le cacao de la fève à la tablette.
Elle s’approvisionne en ingrédients dans le monde entier, notamment en cacao du Pérou, en noisettes de Géorgie et de Turquie, en amandes des États-Unis et en poudre de lait de Suisse. Par conséquent, l’entreprise est confrontée à un large éventail de risques en matière de durabilité, qui varient selon les produits et les pays d’approvisionnement.
Comprendre et hiérarchiser ces risques constitue donc un élément important de sa démarche de diligence raisonnable.
« La durabilité fait depuis longtemps partie intégrante de notre manière de travailler, même si nous ne l’avons pas toujours désignée ainsi. Protéger les personnes, les ressources et les communautés agricoles n’est pas seulement une responsabilité, c’est aussi essentiel pour assurer l’avenir à long terme de notre entreprise. Comme l’a dit un jour notre CEO : notre politique de durabilité consiste à faire du bon chocolat. Si nous fabriquons un produit de grande qualité, nous pouvons demander un prix juste, payer un prix équitable tout au long de la chaîne de valeur et réduire le gaspillage, car les consommateurs accordent de la valeur au produit.
Il est donc important pour nous de savoir d’où viennent nos matières premières et comment elles sont produites. Notre politique d’approvisionnement consiste ainsi à acheter aussi localement que possible : d’abord dans la région, puis en Suisse et en Europe. Pour les ingrédients qui ne peuvent pas être achetés plus près de chez nous, comme le cacao et les fruits à coque, nous travaillons avec des fournisseurs qui respectent des normes de durabilité reconnues.
En tant que petite entreprise, nous ne disposons pas d’un département dédié à la durabilité. Celle-ci est gérée par une équipe multidisciplinaire composée de notre CEO, du responsable des opérations, du responsable des achats et de moi-même. Cette manière de travailler améliore non seulement notre efficacité, mais permet aussi d’intégrer immédiatement les décisions dans les achats, la production, la communication et le marketing. En comprenant les différentes composantes de l’entreprise, nous pouvons développer des solutions concrètes adaptées à notre organisation et trouver un équilibre entre nos ambitions en matière de durabilité, les coûts, les exigences réglementaires et les besoins de l’entreprise. »
« Nos ingrédients proviennent de plusieurs chaînes d’approvisionnement différentes, notamment le cacao du Pérou, la poudre de lait de Suisse, les noisettes de Géorgie et de Turquie, ainsi que les amandes des États-Unis. Chaque combinaison de produit et de pays présente des risques potentiels différents. Pour établir nos priorités, nous avons besoin d’informations fiables, mais celles-ci sont souvent difficiles à obtenir. Des sources telles que l’ILAB, l’UNICEF et Google Alerts nous aident à suivre les informations les plus récentes. Nous restons également en contact avec nos fournisseurs et nous nous rendons dans les pays d’approvisionnement lorsque cela est possible.
Le CSR Risk Check nous apporte une perspective complémentaire en mettant en évidence les risques associés à un pays et à un produit spécifiques. J’apprécie particulièrement l’étendue de son champ d’analyse. Il couvre non seulement des problématiques telles que la déforestation et le travail des enfants, mais aussi des risques comme la corruption. Si l’outil identifiait un risque sérieux concernant le cacao provenant du Pérou, j’en discuterais avec notre responsable des achats.
Nous ne pouvons pas éliminer ni vérifier de manière indépendante tous les risques, mais nous pouvons rester impliqués, maintenir le dialogue avec nos fournisseurs et utiliser les informations disponibles pour prendre des décisions plus responsables. Même s’il est important de définir des priorités, nous essayons de ne pas concentrer tous nos efforts en matière de durabilité sur un seul ingrédient ou une seule problématique. L’attention peut par exemple se déplacer du travail des enfants vers la déforestation, tandis que les risques liés aux noisettes ou au lait reçoivent moins d’attention. Nous essayons donc d’examiner la chaîne de valeur dans son ensemble et de prendre en compte les défis sociaux et environnementaux associés à tous nos principaux ingrédients. »
« Nous concentrons nos actions sur les domaines où nous avons un contrôle direct et où nous pouvons avoir un impact concret. Les relations à long terme avec nos fournisseurs sont essentielles, car des échanges réguliers et une confiance mutuelle facilitent la discussion autour des préoccupations et l’identification de possibilités d’amélioration concrètes. Cela nous aide à nous concentrer sur des projets à la fois dans notre chaîne d’approvisionnement et plus près de chez nous.
Un exemple de solution mise en œuvre dans notre chaîne d’approvisionnement concerne l’évaluation du revenu vital de nos producteurs de cacao. Comme nous sommes en contact direct avec notre fournisseur au Pérou, nous avons pu obtenir des informations sur le prix payé aux producteurs à la sortie de l’exploitation ainsi que sur les prix du cacao, afin d’estimer si les agriculteurs percevaient un revenu décent. Grâce à cette analyse, nous avons une vision claire de la situation à la source. Aujourd’hui, alors que les prix du cacao diminuent après avoir atteint un niveau record en 2024, nous pouvons réévaluer les formes de soutien nécessaires et déterminer ce à quoi nous pouvons contribuer de manière réaliste.
Nous adoptons également une approche à long terme pour garantir la qualité de notre matière première la plus stratégique en développant notre propre plantation de noisettes en Géorgie. Le fait de gérer nous-mêmes une partie de notre production de noisettes nous donne davantage de contrôle sur la qualité, la traçabilité et les pratiques agricoles, tout en nous permettant d’acquérir des connaissances susceptibles de renforcer progressivement l’ensemble de notre chaîne d’approvisionnement.
Nos solutions peuvent également prendre d’autres formes. Sur notre site de production, par exemple, nous avons récemment remplacé deux machines de torréfaction du cacao datant des années 1980, qui fonctionnaient encore au mazout. Ces machines étaient arrivées en fin de vie, et leur remplacement nous a également permis de supprimer l’utilisation de combustibles fossiles sur notre site. Cette décision était à la fois financièrement pertinente et bénéfique pour l’environnement. Nous pensons que les mesures de durabilité sont les plus pérennes lorsqu’elles ont également du sens sur le plan économique. »
« Ne réinventez pas la roue. Regardez comment des entreprises plus grandes ou comparables abordent le devoir de diligence et le reporting, puis adaptez les éléments les plus utiles à votre propre organisation. Pour notre analyse de double matérialité, je me suis appuyée sur des exemples provenant de plusieurs autres entreprises comme point de départ pratique. L’objectif n’est pas de parvenir à une évaluation parfaite, mais d’adopter une approche raisonnable et applicable.
Je recommande également de conserver la responsabilité de cette démarche au sein de l’entreprise. Rendez-la concrète en impliquant les parties prenantes internes et essayez de réaliser vous-même le travail. Des experts externes peuvent vous conseiller ou examiner votre démarche, mais effectuer l’évaluation en interne vous aide à mieux comprendre les risques et à utiliser les résultats pour prendre de meilleures décisions. »